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	<title>Textes &#8211; Sophie HASSLAUER</title>
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	<title>Textes &#8211; Sophie HASSLAUER</title>
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		<title>PORTRAIT D’ARTISTE</title>
		<link>https://www.sophiehasslauer.net/textes/portrait-dartiste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jun 2022 14:43:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Sophie Hasslauer est peintre. Qu’elle réalise des sculptures, des performances, des installations, des photos ou des vidéos, tout est toujours «&#160;peinture&#160;». Depuis ses premiers croquis d’enfance, reproductions chargées d’admiration envers l’Œuvre de Léonard de Vinci, Sophie Hasslauer n’a eu de cesse de questionner l’histoire de la peinture et ses différents paradigmes. Que la toile soit [&#8230;]]]></description>
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<p>Sophie Hasslauer est peintre. Qu’elle réalise des sculptures, des performances, des installations, des photos ou des vidéos, tout est toujours «&nbsp;peinture&nbsp;». Depuis ses premiers croquis d’enfance, reproductions chargées d’admiration envers l’Œuvre de Léonard de Vinci, Sophie Hasslauer n’a eu de cesse de questionner l’histoire de la peinture et ses différents paradigmes. Que la toile soit successivement considérée comme un espace de représentation – une&nbsp;«&nbsp;fenêtre ouverte sur le monde&nbsp;»&nbsp;disait Alberti à la Renaissance – ou bien un support bidimensionnel sur lequel est apposée de la matière colorée, l’artiste s’y réfère invariablement.</p>



<p>Pourtant sous nos yeux, pendant près de dix ans, ce sont des objets sculpturaux familiers qui surgissent du réel. Un parpaing, une gomme,&nbsp;un carton, une raquette de ping-pong,&nbsp;un&nbsp;skate. Si chacun d’entre eux s’inscrit dans un répertoire spécifique de formes, faisant parfois référence à la culture populaire ou au&nbsp;<em>design</em>contemporain, ces objets contredisent, non sans humour, un aspect essentiel souvent lié à leur fonction.&nbsp;Lecarton s’avère rigide et le parpaing mou, la gomme en peinture solidifiée trace un trait et le skate en cristal menace de se briser au moindre choc.&nbsp;Sur les vitres de la voiture installée&nbsp;l’été, pour son exposition monographique,&nbsp;dans la cour du centre d’art Passages,&nbsp;le givre ne fond jamais.</p>



<p>Lorsque Joseph Kosuth expose, dans les années 60 – près de 40 ans après les premiers&nbsp;<em>ready made&nbsp;</em>de Duchamp – une chaise, son image et sa définition, la matérialité de l’objet s’efface au profit de son seul concept, faisant glisser l’expérience esthétique dans le monde des idées. Sophie Hasslauer opère elle une modification paradoxale de la matière, métamorphosant radicalement l’appréhension des objets.&nbsp;</p>



<p>L’écart se creuse alors entre ce qui est donné à voir et ce qui est donné à penser. Ce trompe-l’œil induit une lecture en deux temps, la simple reconnaissance d’un objet du quotidien puis la perception du&nbsp;détail le rendant parfaitement inutilisable. L’artiste introduit un trouble, un doute, un grain de sable dans les rouages imbriquant la forme et son usage, évoquant notamment le travail de Mathieu Mercier. Pour Marc Bertrand, l’humour et l’ironie, qu’il qualifie de frères et soeurs, ont en commun leur vocation à reposer sur « une relation complexe entre réel et idéal »<sup>1</sup>. Au delà de la blague potache – rappelant les calembours visuels du collectif bordelais Présence Panchounette –, Sophie Hasslauer fait du rire, à travers des créations diverses, une véritable arme de subversion, qu’elle utilise pour interroger l’art et son espace de réception.&nbsp;</p>



<p>Si la présence formelle des œuvres n’était pas si forte, l’on pourrait presque y déceler une démarche d’ordre tautologique. Les pièces font office de définition d’elles-même, soit par la négation de leurs caractéristiques essentielles, soit par leur dimension autotélique : dans&nbsp;<em>In unpredictable future,</em>&nbsp;le cartel de l’œuvre de Mircea Cantor est agrandi, reproduit et présenté dans un caisson lumineux aux dimensions exactes de l’image originale. L’œuvre se garde de stratégies discursives, tout en évoquant&nbsp;les théories du langage chères à Kosuth. La faute d’orthographe serait-elle un clin d’œil malicieux&nbsp;?&nbsp;Dans la série&nbsp;<em>Absorption,&nbsp;</em>sous-titrée&nbsp;<em>dumb</em>(idiot ou muet), un capitonnage monochrome étouffe le discours d’un public loquace. Le cadre ovale, format privilégié des portraits ou des miroirs, n’invite ici à aucune observation de soi ou du monde. Silencieuses,&nbsp;ces œuvres rappellent à nouveau l’art conceptuel : «&nbsp;Art-as-art is nothing but art&nbsp;» disait Ad Reinhardt.&nbsp;</p>



<p>Dans la pratique de Sophie Hasslauer, les sculptures-objets, installations et performances, s’avèrent être de plus en plus «&nbsp;picturales&nbsp;». Elles nous rappellent que lorsque l’artiste réunit une musicienne et trois danseurs·ses&nbsp;pour transposer dans l’espace et en musique – à l’aide d’un ensemble d’instruments expérimentaux en peinture solidifiée&nbsp;– toutes les questions soulevées par ce médium<sup>2</sup>, elle peint.&nbsp;De l’utilisation systématique des couleurs primaires en aplat chez Mondrian aux nuages colorés d’Ann Veronica Janssen&nbsp;et aux films&nbsp;d’Ulla Von Brandenburg&nbsp;en passant par les premiers monochromes de Klein&nbsp;inspirés des ciels de Giotto,&nbsp;<em>Stéréochrome,&nbsp;</em>à l’image de toute l’Œuvre de Sophie Hasslauer, est traversée par l’histoire de la peinture. En réemployant ces codes, l’artiste contorsionne sujets et formats, transpose techniques et outils, interroge matières et supports. Si elle qualifie volontiers sa pratique de travail de la main,&nbsp;la relation à l’œuvre n’en est pas moins d’ordre conceptuelle et&nbsp;esthétique ; Sophie Hasslauer est peintre.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right">Leïla Couradin</p>



<p><sup>1</sup> Marc BERTRAND, « L’humour dans on ne badine pas avec l’amour », dans <em>L’ironie : hommage à René Bourgeois, </em>Grenoble, Université Stendhal, 1991. <br><sup>2</sup> <em>Stéréochrome, [Red Phrase] DW, </em>2022</p>
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		<title>Intra-muros / Extra-muros</title>
		<link>https://www.sophiehasslauer.net/textes/sucre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jun 2022 13:50:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Sophie Hasslauer questionne l’objet : sa forme, sa fonction et le rapport que nous entretenons avec lui au quotidien. Elle le déplace pour agir dans un glissement à la fois matériel et sémantique. À la Galerie Toutouchic, elle présente deux environnements. L’un, à l’intérieur de la galerie, l’autre dans l’église des Trinitaires. Le visiteur doit [&#8230;]]]></description>
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<p>Sophie Hasslauer questionne l’objet : sa forme, sa fonction et le rapport que nous entretenons avec lui au quotidien. Elle le déplace pour agir dans un glissement à la fois matériel et sémantique. À la Galerie Toutouchic, elle présente deux environnements. L’un, à l’intérieur de la galerie, l’autre dans l’église des Trinitaires. Le visiteur doit ainsi cheminer un étrange chantier mis en œuvre par l’artiste. À l’intérieur de l’église se joue une scène fantomatique, une construction y est en cours : un bâtiment dans le bâtiment ? Lorsque nous nous approchons nous comprenons que les tuyaux de canalisation, les regards et les palettes de parpaings sont totalement réalisées en morceaux de sucre blanc. Après avoir fabriqué un premier parpaing en latex en 2009 (Unité de Mesure), Sophie Hasslauer a souhaité aller plus loin dans son désir de déconstruction de l’objet et de l’idée de l’objet. Elle fabrique alors un premier parpaing à partir de centaines de morceaux de sucre, méticuleusement imbriquées et collées. Rapidement, les parpaings se multiplient, ils s’entassent sur des palettes ou forment des murs en sucre. L’artiste les construit en se contraignant à une gestuelle laborieuse et extrêmement douloureuse. Un parpaing lui demande huit heures d’efforts et de concentration. Alors, elle instaure des journées de travail, à l’image d’un ouvrier dans une usine où la production s’effectue à la chaîne : répétition des gestes, respect des normes, d’un gabarit précis, coupes, découpes, collages. Au processus industriel, elle répond par un retour au travail à la main, fastidieux, pointilleux et astreignant. Ses éléments de constructions sont à rebours de nos sociétés en quête de surproduction, de low-cost et de profits immédiats. La valeur du parpaing en morceaux de sucre diffère alors de celui en béton produit de manière sérielle et indifférenciée. Il prend un nouveau visage, celui de son façonnage hors du commun et celui de son matériau insolite. Petit à petit, elle érige des murs absurdes qui se révèlent être des images de murs. Elle dit : « Le mur n’existe pas s’il n’a pas de fonction ». Nous sommes donc confrontés à l’image d’un chantier, une utopie sucrée où la perception des objets est déjouée et manipulée.</p>



<p>Le parpaing est un objet qui nous est à la fois familier et inconnu. Il sert à la construction des bâtiments dans lesquels nous vivons et nous travaillons. Pourtant, il est caché, recouvert, il existe ainsi dans une indifférence collective. Sophie Hasslauer a choisi de travailler cet objet omniprésent et invisible, et de l’associer avec un produit alimentaire de base, le sucre. Le solide dialogue avec la précarité, l’éphémère. Car les murs en sucre sont emprunts d’une fragilité troublante. Prière de ne pas toucher. Les parpaings et autres éléments de la construction sont révélés de manière inattendue. Dans la galerie, ils sont présentés en tant qu’objets à part entière. Le visiteur passe du gros-œuvre à l’œuvre. Disposés sur des socles, les briques et les chaînages en sucre sont décontextualisés, déconstruits et réinterprétés. Parce qu’il est dissocié et parce qu’il est une traduction de lui-même, l’objet perd sa fonction et doit être considéré pour sa forme, minimale, épurée et radicale. Voilà tout l’enjeu de la démarche de Sophie Hasslauer : déréaliser le monde réel et réenchanter l’objet. Elle nous invite à revenir vers une essence, matérielle, gestuelle et conceptuelle, qui, dans nos quotidiens normés, semble nous échapper.</p>



<p class="has-text-align-right">Julie Crenn</p>
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		<title>Exposition CACLB</title>
		<link>https://www.sophiehasslauer.net/textes/sans-titre-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jun 2022 13:47:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Dans le décor de métal brut du container placé à proximité des halles à charbon, un parpaing, des tuyaux de canalisation et des chasse-roues offrent à nos sens une occasion de s’affiner, pourvu que notre regard, notre mémoire et notre esprit – dans l’ordre de leur apparition impromptue sur la scène confuse de nos sens [&#8230;]]]></description>
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<p>Dans le décor de métal brut du container placé à proximité des halles à charbon, un parpaing, des tuyaux de canalisation et des chasse-roues offrent à nos sens une occasion de s’affiner, pourvu que notre regard, notre mémoire et notre esprit – dans l’ordre de leur apparition impromptue sur la scène confuse de nos sens en (r)éveil – s’attardent sur la blancheur granuleuse et la brillance givrée de cette oeuvre en chantier érigée par Sophie Hasslauer à la frontière de l’art et du monde réel. Regarder ne suffit pas, comme toujours – encore faut-il voir : en l’occurrence, que ce sont des milliers de morceaux de sucre blanc, méticuleusement imbriqués et collés les uns aux autres, qui recomposent à l’identique ces vulgaires matériaux de construction, auxquels ils confèrent soudain une présence, une existence et une grâce dès lors que leur forme prend corps et âme dans l’espace de notre regard – alors que la fonction purement utilitaire de ces objets indistincts les vouent en principe à disparaître de son champ sous une épaisse couche d’enduit, de peinture ou de béton coulé dans l’ordre des choses. Justesse du propos, puisque l’intention de l’artiste rejoint l’effet de son intervention sur le regardeur, en ce point trouble où le regard peine à discerner la frontière entre l’art et le réel où il puise : en manipulant l’essence et la fonction de ce produit alimentaire de base, industriel et sériel, c’est bien notre regard que Sophie Hasslauer manipule. L’artiste se joue ironiquement de notre perception usuelle des formes et des objets : elle met à l’épreuve de sa mystification parfaite ces points de vue que l’on se forge (trop) rapidement au feu crépitant de notre rétine – nous qui continuons toujours plus ou moins à croire à ce que nous voyons, malgré les démentis cinglants que nous renvoie le réel, notamment lorsqu’il épouse la forme blanche d’une oeuvre d’art. </p>



<p class="has-text-align-right">François de Coninck</p>
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		<title>Exposition &#8220;Long As I Can See The Light&#8221;</title>
		<link>https://www.sophiehasslauer.net/textes/sans-titre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jun 2022 13:45:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Adolescent, j&#8217;adorais fuguer, c&#8217;était mon passe-temps préféré. Abandonner le giron familial une nuit d&#8217;été pour revenir la semaine d&#8217;après entre deux gendarmes, quand j&#8217;y repense, quel pied ! Bien sûr à chaque fois je me prenais une bonne gueulante et mes vieux me privaient de tout ce dont un ado peut être privé. Bye-bye les [&#8230;]]]></description>
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<p>Adolescent, j&#8217;adorais fuguer, c&#8217;était mon passe-temps préféré. Abandonner le giron familial une nuit d&#8217;été pour revenir la semaine d&#8217;après entre deux gendarmes, quand j&#8217;y repense, quel pied ! Bien sûr à chaque fois je me prenais une bonne gueulante et mes vieux me privaient de tout ce dont un ado peut être privé. Bye-bye les virées ! Adios les concerts et les cinés. Fini les séries télé. Me voilà coincé à la maison jusqu&#8217;à la rentrée avec mes geôliers. De toute façon, rien à foutre, les prochaines vacances, je recommençais. Car moi ce qui me plaisait, ce n&#8217;était pas tellement de partir, mais surtout de rentrer. Pas tellement pour retrouver le confort de notre pavillon de banlieue, mais pour le redécouvrir avec le regard affûté d&#8217;un gamin encore raide de sa dernière virée. Le vrai voyage pouvait alors commencer. Je me posais dans le salon pour contempler les bibelots en plastoc élimé , la bibliothèque France Loisir, les tapis usés et leurs motifs chamarrés , sans oublier les tableaux Gifi à côté de la cheminée. Tous ces objets qui s&#8217;enlisent dans le décor et qui n&#8217;en sortent que quand nous nous prenons les pieds (ou l’oeil) dedans. J&#8217;avais enfin l&#8217;esprit disponible pour apprécier l&#8217;exotique banalité de mon foyer, fin prêt pour la grande aventure domestique. Bon, en même temps je n&#8217;avais pas grand chose d&#8217;autre à foutre&#8230;</p>



<p>Avec son exposition &#8220;Long As I Can See The Light&#8221;, Sophie Hasslauer nous propose peu ou proue la même expérience (sans la rouste). Son titre, emprunté à une chanson de l&#8217;album Cosmo´s Factory des Creedance Clearwater Revival, évoque le départ de soldats à peine pubères pour la guerre du Vietnam. Une bougie disposée sur le rebord de la fenêtre est sensée les ramener sains et saufs chez eux. Une sorte de fil d&#8217;Ariane dans la jungle , un repère dans les ténèbres pour éviter qu&#8217;ils ne se perdent, ou que leur âme, si ils venaient à canner, n&#8217;erre à tout jamais.</p>



<p>De là à comparer le boulot de Sophie au phare d&#8217;une peugeot sp 104 scintillant dans la nuit, il n&#8217;y a qu&#8217;un saut de lignes au quel j&#8217;ai du mal à me résoudre. Pourtant, je me demande sincèrement ce qui peut pousser une artiste à proposer des objets dans un monde qui en dégueule, à quoi bon encore proposer du sens dans un monde obèse de signes.</p>



<p>Qu&#8217;elle puise dans l&#8217;artisanat de luxe pour réaliser un skateboard en cristal ou un longboard en cuir ou bien qu&#8217;elle fasse graver des médaillons cheap à l&#8217;effigie des plus grands galeristes parisiens, elle fait bien plus que jouer la carte du contre emploi.</p>



<p>Plutôt qu&#8217;une réconciliation feinte des antagonistes à des fins d&#8217;ironie facile, elle tente de dresser la cartographie d&#8217;un environnement dont les objets ainsi traités révèlent le vacillement. J&#8217;en veux pour preuve ces curieuses pièces qu&#8217;elle nomme « absorption » : Cadre de miroir imposant cadre en bois massif dont le centre est recouvert de capitons en velours renvoyant au décorum petit bourgeois mais aussi à la cellule d&#8217;hôpital psychiatrique. A la fois sourd et aveugle au spectateur qui les contemple. Dans l&#8217;obscurité de notre écosystème culturel saturé, elle crée une poétique de l&#8217;errance et du détour, inquiète, certes, mais que nous pouvons nous permettre si nous gardons ce refrain en tête ; « Long as i can see the light, yeah, yeah, yeah, oh yeah ! » ça, ça me plaît !</p>



<p class="has-text-align-right">La Troisième Narine </p>



<p class="has-text-align-right">Chroniqueur Art Contemporain pour la revue Fluide Glacial depuis 2015.</p>



<p>Sophie Hasslauer vit et travaille à Val de Vesle (Marne). Présente dans la collection du FRAC Champagne Ardenne. Elle a notamment participé aux expositions suivantes : Sophie Hasslauer Centre d’Art Contemporain Passages, Troyes 2015/ Art At Work St Hubert Belgique (commissariat Julie Crenn) 2015 / Hybride, Douai, 2014 / Intra-muros/Extra-muros chapelle des Trinitaires METZ-Galerie Toutouchic METZ 2013/ Nuit Blanche Mayenne 2011 / et résidences Résidence CAC Passages Troyes 2015-2016 / Résidence Attigny 2016 / Résidence FRAC Champagne Ardenne 2014.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Enjeux de Perceptions</title>
		<link>https://www.sophiehasslauer.net/textes/enjeux-de-perceptions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jun 2022 13:25:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[La pratique de Sophie Hasslauer est motivée par une envie insatiable de repositionner notre regard par rapport au monde des objets. Qu’ils soient issus du quotidien, de la culture populaire et sérielle, elle manipule leurs essences et leurs fonctions. Les évidences sont testées et éprouvées. Son travail plastique repose sur la perception, les situations et [&#8230;]]]></description>
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<p>La pratique de Sophie Hasslauer est motivée par une envie insatiable de repositionner notre regard par rapport au monde des objets. Qu’ils soient issus du quotidien, de la culture populaire et sérielle, elle manipule leurs essences et leurs fonctions. Les évidences sont testées et éprouvées. Son travail plastique repose sur la perception, les situations et les déviations visuelles. Elle s’attache à chaque facette du monde vécu pour en extraire les contradictions, les oublis et les absurdités. L’artiste fait surgir des matériaux et des objets un discours critique et ironique. Sa triple formation, à la fois en histoire de l’art, en arts plastiques et en architecture, lui donne la possibilité de réfléchir non seulement sur ce qu’elle voit, mais aussi d’inscrire les objets dans une histoire des formes et un système marchand compulsif. Sur un mode humoristique et satirique, elle s’attaque aux aberrations de notre société qui s’éloigne chaque jour un peu plus de l’essentiel.</p>



<p><strong>Troubler la Perception</strong></p>



<p>L’œuvre protéiforme de Sophie Hasslauer pointe du doigt les hiatus entre le réel et l’interprétation de celui-ci. Une faille notamment traduite par une expérimentation des matériaux et des formes. Elle questionne sans relâche notre perception du réel, notre regard, le formatage des objets et des formes. L’artiste procède en effet à un déplacement des objets. Ainsi B.T.P. (2007) est un parpaing en latex sur lequel est posée une massette usagée. Le poids de la massette déforme le parpaing souple. Une tension existe entre les deux objets, leurs réalités et leurs propriétés initiales. Leurs fonctions sont déviées. « Il y a ici une question sur la nature du regard, qui à mon avis change lorsque l’objet change, la perception n’est pas qu’organique, elle est avant tout nourrie de culture. »</p>



<p>Les réinterprétations proposées par Sophie Hasslauer font appel à nos sens et à nos sensations. Unité de Mesure (2009) est un parpaing conçu à partir de sucre et de colle. L&#8217;œuvre « n&#8217;est visuellement pas autre chose qu&#8217;un parpaing. Sa résistance mécanique est performante puisqu’on peut effectivement monter un mur si les parpaings ne sont pas mouillés. Ici la limite entre l’art et le monde réel est troublée, elle est difficilement cernable. » Si l’œuvre se joue de notre perception, il en est de même du goût, de l’odorat et des souvenirs que ces deux ingrédients engendrent chez le spectateur. Nos sens interagissent au sein d’un objet sans âme et sans valeur. Si le parpaing sert à la construction de bâtiments, il est généralement rendu invisible parce qu’il est recouvert d’enduits divers, puis de peinture. Il existe dans l’absence. Sophie Hasslauer lui offre une existence autre. Lorsqu’elle érige un mur à partir de 22 000 morceaux de sucre et de colle d’écolier (Chantier, 2009) elle joue sur les notions d’éphémérité, de perceptions et de sensorialités. Une opération réitérée avec l’insertion d’une porte ouverte et d’un seau d’eau disposé sur le haut de la porte (Sans Blague, 2009).</p>



<p>Une réflexion plastique poursuivie avec une série de dessins intitulée Sacs de Frappe mettant en scène une forêt de sacs de frappe multicolores recouverts d’étoiles ou de clous (en référence à la culture punk qu’affectionne l’artiste). Un projet né de ses lectures des écrits de Merleau-Ponty : « Les arbres me regardent ». Les dessins sont progressivement passés à la tridimensionnalité. Suspendus au plafond les sacs entrent en interaction avec l’espace. Ils « nous regardent ». Sur eux nous projetons notre imaginaire, nos fantasmes et nos souvenirs. Ils sont attirants du fait de leurs cuirs colorés, étoilés, mais ils sont aussi rendus dangereux par l’incrustation de clous pointus. L’action de frappe est rendue impossible. Une fois de plus la fonction initiale est détournée. Le sac qui est normalement un objet que nous nous devons d’affronter, de boxer, est ici un objet de contemplation, de méditation et de fascination.</p>



<p>L’un d’entre eux fait partie de l’installation L’Etoffe des Héros (2011). Il s’agit d’une reconstitution du vestiaire d’une salle de sport. Un sac de frappe en cuir rouge et clouté est suspendu, un haltère gît au sol et un costume de Spiderman est étendu sur un banc. Le costume rouge et bleu est en laine. Il est fragile. Une toile d’araignée en sequins est brodée sur la laine. Il a été réalisé en collaboration avec une entreprise de mailles, World Tricot Compagnie, uniquement formée de femmes.<sup>1</sup> Le choix de cette collaboration, de la technique du tricot et des matériaux spécifiques n’est pas anodin. Ensemble elles ont tricoté et cousu un costume archétype du genre masculin, du super héros. L’ Etoffe des Héros est avant tout une aventure et un travail de femmes, d’héroïnes armées d’aiguilles qui prennent en main leurs existences.</p>



<p>Les savoir-faire traditionnels, les techniques vernaculaires et les matériaux, qu’ils soient nobles ou trivial, tiennent une place importante dans la pratique de Sophie Hasslauer. Celle-ci n’hésite pas à faire appel à différents corps de métiers pour la réalisation de ses œuvres. Une collaboration avec des spécialistes et des artisans qui coïncide avec sa volonté de déhiérarchisation des formes, des techniques et des matériaux. La distinction entre culture dite « élitiste » et culture populaire est abolie. L’art d&#8217;Hasslauer est décloisonné, il est un terrain d’expérimentations, de rencontres et de possibles.</p>



<p><strong>Au-delà des Apparences</strong></p>



<p>Sophie Hasslauer propose une critique plastique placée sur un mode ironique et malicieux. Elle opère à des jeux de mots, des associations visuelles et matérielles surprenantes qui sont toujours vecteurs de positions radicales, anticonformistes et franches. Derrière l’apparent humour s’immisce une puissante critique du monde de l’art (de l’œuvre comme valeur marchande) et de la société de consommation déshumanisante et annihilatrice.</p>



<p>Ainsi, elle mène une exploration et une déconstruction des stratégies commerciales, tant dans le domaine artistique que dans le capitalisme excessif. L’installation intitulée L’Amour de l’Art (2009 &#8211; in progress) est composée de médailles dorées produites dans une cordonnerie située dans une galerie marchande lambda. L’artiste récolte sur internet des portraits de galeristes français et internationaux, qu’elle confie ensuite à la boutique en allant faire ses courses. Il s’agit là d’une action facétieuse et intéressante. Les galeristes vendent des œuvres d’art, leurs portraits sont gravés sur des médailles sans valeur, qui sont réalisées dans un temple de la consommation alimentaire. L’art et la consommation sont réduits au même niveau. Ils trouvent des points de concordance dans une œuvre comme Période Bleue – Période Rose, une photographie de deux voitures Citroën, l’une bleue, l’autre rose, en référence aux deux périodes artistiques de Pablo Picasso. Les couleurs rose et bleue ont été numériquement prélevées sur deux toiles de l’artiste espagnol puis transférées. Sophie Hasslauer s’interroge ici sur le fait que le nom de l’artiste espagnol soit devenu une marque de voiture.</p>



<p>Les références s’entrechoquent. Ses œuvres imposent une collision franche et sans détours renvoyant à la position de l’artiste par rapport au monde de l’art et à la société. Elle interroge non seulement la valeur des œuvres d’art, le système dans lequel les artistes doivent se conformer pour vendre et exposer leurs travaux, mais aussi les auteurs et les acteurs de ce jeu commercial. Un jeu littéralement mis en œuvre avec Histoires de l’Art (2010). Il s’agit d’un véritable baby-foot, dont les joueurs ont été remplacés par des reproductions miniatures d’œuvres emblématiques : Fountain (M Duchamp), la Vénus de Milo ou encore Apple Core (C. Oldenburg). Les époques, les courants de pensée et les styles s’affrontent et jouent ensemble sur un support populaire.</p>



<p>Elle questionne aussi le phénomène de starification des artistes. Star System (2008) est une proposition établie à partir du Porte-bouteilles (1913) de Marcel Duchamp. Sophie Hasslauer a trouvé un porte-bouteilles dans une poubelle, elle l’a traité et plaqué d’or. Ce n’est plus un ready-made puisque l‘objet a été travaillé. Disposé sur un socle blanc et entouré de bouteilles en verre « litre étoilé », le porte-bouteille doré est un contrepied aux artistes qui copient et reprennent des formes artistiques antérieures afin d’entrer dans le « star-system », le marché de l’art. Star System dénonce le manque d’imagination et le recyclage vide de sens.</p>



<p>Sophie Hasslauer est une artiste profondément ancrée dans le monde contemporain, immédiat et actuel. Elle se plaît à déchiffrer le langage et les codes du réel. Une réalité qu’elle détourne pour façonner une prise de conscience collective. Son œuvre est réactive, critique et politique. Elle croise et superpose les modes de lecture, les références qui traditionnellement sont séparées. Les matériaux et objets détournés sont familiers, le spectateur n’est pas perdu dans un discours qui soit éloigné de sa propre réalité. Face aux œuvres d&#8217;Hasslauer, une relation de partage, d’entente et de connivence s’active entre le spectateur et l’artiste. Elle réussit par conséquent à extraire l’art contemporain d’une bulle élitiste et opaque. Le langage plastique choisi annule toute barrière entre l’art et le monde réel. Ils sont ici imbriqués et analysés par l’artiste qui produit ainsi une critique pertinente sur les dérives de notre société.</p>



<p class="has-text-align-right">Julie Crenn.</p>



<p><sup>1</sup> A l’origine World Tricot Compagnie est une association visant à redonner une dignité aux femmes par le travail. Elles viennent du monde entier et travaillent pour les plus grandes maisons de haute-couture. Le tricot, la broderie et la couture lient ces femmes.</p>
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		<title>À priori</title>
		<link>https://www.sophiehasslauer.net/textes/a-priori/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jun 2022 13:00:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Sophie HASSLAUERNée en 1971Vit et travaille à Val-de-VesleExposition «Hyper Lounge» À priori… Sophie Hasslauer façonne, transforme l’idée du réel en réponse à une pulsion : un désir de construction visuelle. Peintre de formation, elle se heurte à de pures façades ; façades photographiques qui ne lui suffisent plus, puis façades architecturales qu’elle démantèle jusqu’à donner [&#8230;]]]></description>
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<p><strong>Sophie HASSLAUER</strong><br>Née en 1971<br>Vit et travaille à Val-de-Vesle<br>Exposition «Hyper Lounge»</p>



<p>À priori…</p>



<p>Sophie Hasslauer façonne, transforme l’idée du réel en réponse à une pulsion : un désir de construction visuelle. Peintre de formation, elle se heurte à de pures façades ; façades photographiques qui ne lui suffisent plus, puis façades architecturales qu’elle démantèle jusqu’à donner à voir l’immontrable ou l’immontré… Les champs d’étude se succèdent et donnent naissance à un double jeu : montrer un objet qui n’en est pas un.</p>



<p>Exercice de style… Empreinte d’un vocable usuel, voire même de cours de « récré », le skate fait son entrée. Moulé, façonné, restitué… où est le vrai du faux ? bois, patte de verre, cristal, cuir, suédine, tissu kvadrat, elle convoque les matériaux les plus nobles d’une esthétique proche du design, jusqu’à les titrer des plus grands classiques de l’histoire du design &#8211; Barcelona, Lady…</p>



<p>Tendre à l’association d’éléments forts, en leur forme et en leur sens, extrait de la «Théorie du genre» sans expressivité ; la réalité de l’objet virevolte. Basculement perpétuel d’un champ à l’autre, par des chemins détournés, l’objet se révèle dans le champ de l’art. Rapport rétrospectif de documentation<sup>1</sup> et de description suscitant l’envie, le désir du beau, les controverses<sup>2</sup> auxquelles se confronte Sophie Hasslauer renforcent son intérêt au questionnement, au détournement.</p>



<p>Bercée par une esthétique de la forme, mais aussi de l’impression, elle nous laisse ainsi à penser l’objet par son contre-objet, tout droit sorti de l’atelier&#8230;</p>



<p class="has-text-align-right">Marine V.</p>



<p><sup>1</sup> En référence au skate «Tuk’n roller» de 1964 &#8211; réédition en 2011 «Santa Cruz»&nbsp;</p>



<p><sup>2</sup> Casely-Hayford x H by Harris Quilted Leather Skateboards</p>
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